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LE LAIT DANS TOUS SES ÉTATS

Le groupe ELSA-Mifroma est une division de Migros Industrie dédiée aux produits laitiers. Une activité spectaculaire de Mifroma SA, installée à Ursy (FR), est l’affinage de meules de Gruyère dans d’immenses caves creusées dans la roche : 100 000 meules y séjournent simultanément. Mifroma conditionne par ailleurs plus de 1000 références de fromages pour Migros, l’export et des clients tiers. Pour sa part, ELSA, Estavayer Lait SA, traite chaque jour 700 tonnes de lait qui sont transformées en lait de consommation, fromage frais, yoghourts et desserts.

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Plus d’informations

Des mesures d’ampleur

Le groupe ELSA-Mifroma participe efficacement aux objectifs énergétiques et climatiques de Migros Industrie. Ainsi, l’énergie de Mifroma est à 100 % renouvelable depuis 2020. En particulier, un assainissement des équipements frigorifiques et de la ventilation a permis la mise en œuvre d’une récupération et d’une valorisation poussées de la chaleur, utilisée pour préchauffer l’eau de lavage, apprêter l’air hygiénique ventilé et chauffer les locaux. Les besoins thermiques, par ailleurs optimisés et réduits d’environ 20 %, sont ainsi couverts – une chaudière à biogaz peut faire ponctuellement l’appoint.

ELSA, dont la production alterne des phases de chauffage et de refroidissement, a opté pour le bois régional pour assurer 2/3 de sa chaleur. Celle-ci est fournie depuis 2017 par une impressionnante chaudière où sont consumés quotidiennement 200 m3 de plaquettes de bois régional. Son entrée en service a permis une réduction des émissions de CO2 de 11 500 tonnes éq. CO2 annuellement. Autre voie d’action d’ELSA, les économies d’énergie par renouvellement ou optimisation des équipements et des procédés : depuis 2016, les besoins énergétiques ont diminué de 12 %, soit 16 GWh, ou l’équivalent de la consommation de 2300 maisons individuelles.

Sans rien ôter évidemment à la saine énergie des produits !

Informations

Fenaco, la plus grande coopérative agricole de Suisse, recherche des solutions d’avenir aussi bien pour le carburant que pour les transports : avec l’AEnEC, elle vise un modèle d’affaires respectueux du climat. Nous les suivons dans ce périple.

Aujourd’hui, l’hydrogène demande à être plus facilement disponible : dans le cadre d’un projet pilote, Daniel Bischof (à droite), président de la direction d’AGROLA SA, et Otti Häfliger (à gauche), président directeur général de TRAVECO Transporte SA, font avancer la cause de l’hydrogène.

L’hydrogène est-il le carburant du futur ? Le projet pionnier de station-service et de poids lourds à hydrogène constitue un maillon essentiel pour le développement d’un réseau commercial de l’hydrogène vert en Suisse.

Les innovations nous relient à l’avenir. Il y a cent cinquante ans, contraints par la révolution industrielle de se réorganiser et de changer leur manière de voir, les paysans suisses s’unissent dans des coopératives agricoles qui reposent sur le principe de l’entraide économique. Fenaco, la plus grande coopérative agricole de Suisse, agit aujourd’hui encore selon ce principe fondateur. Son but social consiste à apporter aux exploitants et exploitantes agricoles suisses un appui dans le développement économique de leur exploitation. Créée en 1993, fenaco chapeaute plus de 80 sociétés filiales, au nombre desquelles figurent, en plus de producteurs d’aliments pour bétail, le producteur de jus de pommes Ramseier, le détaillant Volg, le transporteur TRAVECO, le fournisseur de services énergétiques AGROLA, et bien sûr les commerces LANDI.

Lorsque l’on rassemble plus de 80 entreprises totalisant 11 000 collaborateurs et collaboratrices qui travaillent sur 230 sites, il faut bien sûr savoir saisir l’air du temps, mais il faut aussi lancer soi-même des innovations. Face au défi du changement climatique, et à la solution à long terme qu’est la décarbonation, des mesures d’amélioration créatives s’imposent. Ces mesures, fenaco et ses filiales les ont convenues avec la Confédération et les cantons, avec l’appui de l’AEnEC, dans quatre conventions d’objectifs qui totalisent 225 unités de saisie actives. Un grand nombre de ces mesures consistent à procéder à des optimisations énergétiques, d’autres à investir à la fois dans des technologies liées aux énergies renouvelables et dans les carburants écologiques.

Face à un objectif aussi ambitieux que la neutralité carbone à l’horizon 2050, il est important que le calendrier applicable à ces mesures soit large, souligne Erich Kalbermatter, conseiller AEnEC et membre de la Direction de l’AEnEC. Anita Schwegler partage cet avis. Avec son équipe, non seulement la responsable de l’unité de prestations « Développement durable et Environnement » de fenaco élabore et coordonne la gestion complète du CO2 tout en s’occupant du rapport sur la durabilité, mais elle conseille aussi le groupe dans les domaines de l’efficacité énergétique et de la neutralité en CO2. Elle vise notamment à multiplier les connaissances et à donner des impulsions de manière centralisée dans le groupe. Avec son équipe de sept personnes, elle a donc mis sur pied un programme de formation innovant destiné à tous les niveaux hiérarchiques et à divers secteurs. À l’heure actuelle, un demi-millier de collaborateurs et collaboratrices ont suivi ce cours portant sur l’efficacité énergétique.

REPÉRER, LANCER ET ACCOMPAGNER

Que pouvons-nous faire mieux ? Que pouvons-nous faire autrement ? Voilà les questions auxquelles Anita Schwegler et son équipe tentent de répondre. « Nous disposons notamment d’un radar qui sonde l’avenir pour repérer les tendances et les innovations, et pour prendre l’air du temps », raconte Anita Schwegler. Le dernier rapport de durabilité du groupe agricole met à l’honneur l’efficacité énergétique, une production agricole durable et la recherche et l’innovation. Son groupe spécialisé « Protection du climat et Agriculture » a notamment développé un fourrage qui limite la production de méthane ; autre exemple, dans toutes les exploitations de fenaco, un calcul des coûts énergétiques durant la durée de vie doit désormais être effectué pour tout nouvel achat ou investissement de remplacement.

Ces mesures d’amélioration sont le fruit direct de la stratégie sur le développement durable que fenaco a définie avec 14 objectifs dans les trois dimensions économique, sociale et écologique du développement durable. Les décisions commerciales de fenaco s’appuient notamment sur ces objectifs. Y figurent par exemple l’accroissement du taux d’encadrement féminin, la réduction du gaspillage alimentaire dans les filiales ou encore la réduction des émissions de CO2. Les collaborateurs et collaboratrices sont aussi formés au développement durable dans le cadre du programme « Prêt pour l’avenir ». Anita Schwegler relève que dans ce domaine, le dialogue est essentiel et qu’il est particulièrement important que les différents éléments puissent être mesurés. Il faut notamment que les objectifs soient assortis de délais et qu’il soit possible de mesurer leur atteinte. Un véritable dialogue dépassant les échelons hiérarchiques permet lui aussi que des potentiels d’optimisation soient mis en évidence partout, sans préjugés.

Il y a de quoi faire : « L’agriculture en général et les exploitations de production en particulier présentent une forte intensité énergétique », explique Erich Kalbermatter. Les propos du conseiller AEnEC sont particulièrement élogieux concernant les efforts déployés par fenaco pour progresser, notamment en ce qui concerne les transports et l’énergie.

Nous voulons faire face rapidement à l’évolution des tendances dans les transports. 

Daniel Bischof, président de la direction d’AGROLA et chef du département Énergie de fenaco

AGROLA, OU LES NOUVEAUX CHEVAUX-VAPEUR

« Dans le temps, nous avions le cheval, et le cheval son avoine. Ensuite, le diesel et la voiture sont arrivés », sourit Daniel Bischof, président de la direction d’AGROLA, l’une des sociétés filiales de fenaco. Et aujourd’hui ? Voilà belle lurette que les chevaux ont été remplacés par des poids lourds qui roulent au diesel. Par essence, les transports sont dynamiques, et les coulisses de TRAVECO, l’entreprise logistique de fenaco, en donnent un bel exemple.

TRAVECO est l’une des plus grosses entreprises logistiques de Suisse. Elle transporte annuellement trois millions de tonnes de marchandises en tout genre, allant des aliments et boissons aux combustibles et carburants en passant par les produits en vrac. Cette filiale de la société coopérative fenaco est spécialiste des transports liés à la chaîne de production agricole. Un demi-millier de conducteurs et conductrices se relaient jour et nuit pour conduire les 350 emblématiques camions verts. Ensemble, ils parcourent chaque année 20 millions de kilomètres, pour leurs clients du groupe fenaco-LANDI mais aussi pour des tiers. La société propose également des services de logistique classique.

Pour Otti Häfliger, son président directeur général, TRAVECO s’est toujours préoccupée du développement durable : « Pour nous, il est très important que nous utilisions aussi peu d’énergie que possible pour transporter les marchandises. » L’entreprise investit donc dans des camions de dernière génération, actuellement avec les normes antipollution Euro 6. La numérisation des ordres de transport participe de la même vision de développement durable ; désormais, l’ordre est transmis au chauffeur directement par smartphone. De plus, un logiciel spécialisé évalue aussi à quel point les chauffeurs conduisent de manière économique. Otti Häfliger explique : « Nous avons décidé que d’ici 2050, nos déplacements seront neutres en CO2 pour toute notre flotte. Bien sûr, cela ne sera possible qu’au moyen d’énergies alternatives, comme l’hydrogène par exemple. »

Le directeur ne cache pas sa fierté : dans son écurie, on trouve sa dernière acquisition, un étalon rare, l’un des premiers poids lourds à hydrogène produit en série, un Hyundai à deux essieux qui roule pour TRAVECO depuis 2020. Il assure la livraison des produits frais dans les points de vente Volg et TopShop du nord-ouest de la Suisse et de la Suisse centrale.

HYDROGÈNE : L’AVOINE 2.0

De la même manière qu’il faut nourrir son cheval à l’avoine, AGROLA livre du carburant aux quatre coins du pays. Ses 400 sites font d’elle la deuxième société de stations-services en Suisse. Il n’est donc guère surprenant que pour une majorité de gens, ce nom évoque d’abord le rituel du plein d’essence.

Le négoce de carburants et de combustibles représente une large part des activités de l’entreprise : essence, diesel (bio), mazout et pellets sont vendus dans tout le pays. AGROLA joue toutefois aussi un rôle crucial dans l’exploitation de sources d’énergie alternatives. Cette filiale de fenaco sise à Winterthour livre aussi de l’électricité ; elle construit des installations photovoltaïques et ses postes de recharge pour les véhicules électriques ou à hydrogène sont autant de solutions au service d’une mobilité durable. Depuis 2017, AGROLA fournit de l’électricité à l’ensemble du groupe fenaco-LANDI, et depuis 2019, elle livre également des tiers. Rien qu’en 2020, ses installations photovoltaïques ont produit 10,5 millions kWh d’énergie renouvelable. « Nous sommes une entreprise innovante et ambitieuse », affirme Daniel Bischof. Ce dynamisme se traduit dans tous les domaines, y compris pour la mobilité.

À Zofingue, dans le canton d’Argovie, on peut d’ores et déjà faire le plein d’avoine 2.0 : depuis l’automne 2020, on y trouve la première station du pays dans laquelle on fait le plein soit de carburant fossile, soit d’électricité, soit d’hydrogène. On peut y faire le plein de manière parfaitement durable : les panneaux solaires installés sur le toit produisent l’électricité pour la station de recharge rapide destinée aux véhicules électriques et la pompe d’où jaillissent les carburants fossiles crache aussi un hydrogène vert, autrement dit un hydrogène produit à l’énergie hydraulique. Cet apparent détail n’en est pas un, comme le souligne Daniel Bischof, car seul l’hydrogène vert est produit intégralement à partir d’énergie renouvelable, ce qui en fait un produit neutre en CO2. Un beau jalon est donc maintenant posé sur la voie des déplacements sans émissions.

CELA EN VAUT-IL LA PEINE ?

Alors que le monde entier ne parle que d’électricité pour les déplacements, TRAVECO et AGROLA se tournent vers l’hydrogène. Voilà de quoi susciter des interrogations. Pour Daniel Bischof, ces deux technologies ne s’excluent pas l’une l’autre, et c’est bien ainsi que travaillent AGROLA et LANDI, liées par un partenariat : « Pour nous, il était acquis d’emblée – avec LANDI – que nous allions proposer le carburant alternatif qu’est l’hydrogène en plus des postes de recharge pour l’électricité. L’hydrogène remplit toutes les conditions pour offrir une réduction durable des émissions de CO2 dues au trafic routier et contribuer ainsi à la transition énergétique. » Les véhicules propulsés par l’hydrogène rejettent en effet uniquement un peu de vapeur d’eau. Tant que l’hydrogène provient exclusivement de sources d’énergie renouvelables, comme c’est le cas pour AGROLA, il représente une solution alternative respectueuse de l’environnement pour les trajets sur route. Otti Häfliger le confirme également : « Personnellement, je suis convaincu que l’hydrogène sera un agent énergétique important dans le futur. »

À ses yeux, un facteur limitatif de son développement est l’aspect économique : à eux seuls, les frais d’énergie, qui se montent à presque 90 francs les 100 kilomètres, sont deux fois plus élevés que pour les carburants fossiles. Une autre difficulté tient au nombre encore limité de véhicules et de stations-service à hydrogène. Dans ce domaine, l’offre détermine la demande, affirment Erich Kalbermatter et Daniel Bischof. Il faut des transporteurs comme TRAVECO, qui ont le courage d’investir dans les nouvelles technologies d’une part, et des investisseurs pour les stations-service d’autre part. Membres fondateurs de l’association « Mobilité H2 Suisse », fenaco et AGROLA participent activement au développement de l’infrastructure nécessaire au trafic routier propulsé à l’hydrogène, pour améliorer la couverture du territoire. Ces efforts sont actuellement déployés sans fonds publics.

UNE BELLE ÉNERGIE

Si des thèmes comme la crise climatique ou le tournant énergétique amènent naturellement une nouvelle mobilisation, pour Erich Kalbermatter, le jalon qui vient d’être posé témoigne surtout d’un esprit d’innovation : « Cela montre que la société coopérative fenaco est prête à s’engager dans une voie nouvelle dont l’issue n’est pas encore connue. » Ce courage a été récompensé. En 2021, l’Office fédéral de l’énergie a décerné son Watt d’Or 2021 au projet intitulé « Un cycle de l’hydrogène renouvelable pour le trafic de poids lourds ». « C’est une reconnaissance pour tout notre groupe », dit Daniel Bischof, « et nous en sommes fiers. Pour AGROLA et naturellement pour TRAVECO, dont les livraisons dans les magasins Volg sont neutres en CO2 avec ces camions. La boucle est ainsi bouclée. »

Cette visite des coulisses de TRAVECO et d’AGROLA, ces deux filiales de fenaco, montrent que le développement durable revêt un intérêt fondamental pour la coopérative agricole. « Sans développement durable, à un moment ou un autre, nous n’aurons plus les bases nécessaires pour disposer de ressources naturelles saines comme l’air, les sols et l’eau », témoigne Anita Schwegler, responsable de l’unité de prestations « Développement durable et Environnement ». « Et sans milieu naturel en bonne santé, il n’est pas d’économie durable. » Fenaco s’est donc fixé pour objectif de faire rimer écologie et économie grâce à des innovations qui nous relient à l’avenir. Au moins pour les 150 prochaines années.

Les plantes pratiquent la photosynthèse depuis toujours : pour croître, elles transforment lumière, eau et air en énergie stockable. La professeure de chimie Greta Patzke veut reproduire la photosynthèse efficacement pour apporter une réponse aux problèmes énergétiques mondiaux. Un objectif ambitieux.

MADAME PATZKE, D’OÙ VIENT VOTRE INTÉRÊT POUR LES PLANTES ET POUR LA RECHERCHE ?

Déjà enfant, j’étais fascinée par les sciences, et de plus en plus par les sciences naturelles comme la biologie. À l’école primaire, je faisais des herbiers, je cueillais et pressais les plantes avant de les déterminer. La manière dont les plantes s’imposent me fascinait, et continue de me fasciner. Aujourd’hui, notre logement déborde d’ailleurs de plantes. À l’école secondaire, je me suis intéressée de plus en plus à la physique et à la chimie. Avant la fin de ma scolarité, j’ai participé aux olympiades de chimie où j’ai rencontré des participants venant de plus de cinquante pays qui partageaient tous la même passion pour la chimie. J’ai vécu concrètement comment cette science nous reliait. Cela a été un déclencheur pour moi, je me suis dépêchée d’étudier la chimie à l’Université de Hanovre.

VOUS FAITES AUJOURD’HUI DE LA RECHERCHE FONDAMENTALE DANS LE CADRE DU PROJET UNIVERSITAIRE LightChEC AVEC VOTRE ÉQUIPE DE L’UNIVERSITÉ DE ZURICH. VOUS VOUS CONCENTREZ SUR LE DÉVELOPPEMENT D’UN CATALYSEUR VISANT LA DÉCOMPOSITION DE L’EAU PAR L’UTILISATION DE LA LUMIÈRE. IL S’AGIT D’UNE ÉTAPE IMPORTANTE POUR PERMETTRE DE RÉUSSIR LA PHOTOSYNTHÈSE ARTIFICIELLE EN LABORATOIRE, PUIS DE LA RÉALISER À UNE ÉCHELLE COMMERCIALE. POUVEZ-VOUS NOUS EN DIRE PLUS ?

Nous l’avons appris à l’école : la décomposition de l’eau est un phénomène rare, car la molécule d’eau s’appuie sur l’une des liaisons les plus stables qui soient. La photosynthèse artificielle consiste justement à dissocier l’eau en ses deux composantes que sont l’hydrogène (H2) et l’oxygène (O2), par un processus uniquement chimique, autrement dit sans utilisation d’électricité. Comme la nature nous le montre avec le photosystème biologique, il faut un système très raffiné avec deux catalyseurs chimiques pour séparer l’eau en ces deux éléments. Un catalyseur est une matière qui accélère une réaction chimique. Il se présente isolément sous forme de poudre, ou aussi sous forme de molécules ou denanoparticules fixées sur un matériau porteur. Le plus gros problème n’est pas l’hydrogène : il est nettement plus difficile de produire efficacement l’oxygène lors de la dissociation de l’eau. Mon équipe de recherche de l’Université de Zurich est donc en train de travailler au développement de catalyseurs pour obtenir précisément cette réaction.

AVEC VOTRE ÉQUIPE, VOUS AVEZ DÉJÀ DÉVELOPPÉ UN CATALYSEUR NON TOXIQUE. POURQUOI N’EST-CE PAS SUFFISANT ?

C’est un problème qui compte de multiples paramètres. De nombreux catalyseurs sont bons, mais si nous pensons à leur application, leur durée de vie peut encore être améliorée. Il faut aussi réfléchir à la disponibilité et à la faisabilité : quel pays a-t-il les éléments dont nous avons besoin pour un catalyseur ? Que devons-nous acheter ? La synthèse chimique est-elle compliquée ? Le défi de la taille s’ajoute : ce qui fonctionne merveilleusement sur une petite électrode peut se comporter différemment sur une plus grande surface. Des conditions de production optimales jouent aussi un rôle. Actuellement, je suis en train de publier un travail avec une collaboratrice, dans lequel une technique de production, simple, à base de manganèse, a été développée. C’est un élément bon marché, abondant dans l’environnement et son bilan environnemental est globalement positif. Il existe bien sûr déjà des catalyseurs, mais nous n’avons simplement pas encore atteint l’optimum pour des applications quotidiennes.

VOUS N’ÊTES PAS LES SEULS À TRAVAILLER DANS CE SECTEUR DE LA RECHERCHE FONDAMENTALE.

C’est vrai. Depuis que les deux chimistes japonais Akira Fujishima et Kenichi Honda ont dissocié de l’eau avec de la lumière, partout dans le monde, une large communauté de chercheurs poursuit le développement des matériaux adaptés. Naturellement, il existe aussi une concurrence entre chercheurs. Mais c’est une concurrence saine, fructueuse. J’appelle cela de la coexistence amicale.

ET OÙ VOUS SITUEZ-VOUS DANS CE CHAMP DE RECHERCHE ?

Mon groupe est l’un des rares qui couvre un large champ allant de la petite molécule aux molécules de grande taille, jusqu’aux nanoparticules ou encore aux matériaux solides classiques. Disposer d’une telle latitude est certes exigeant d’un point de vue intellectuel, mais cela élargit l’analyse. Et c’est précisément ce que nous faisons pour le processus partiel de la fabrication d’oxygène, autrement dit la catalyse par oxydation de l’eau.

CETTE VISION COMPLÈTE EST-ELLE AUSSI CE QUI VOUS FASCINE DANS LA RECHERCHE FONDAMENTALE ?

Oui, aussi. On peut constater que la forte pression à développer des applications dans la recherche sur les matériaux a conduit en partie à favoriser de manière sélective des substances spécifiques. Certains oxydes, comme le dioxyde de titane ou l’oxyde de zinc, sont des stars qui font l’objet de nombreuses recherches, tandis que d’autres matériaux recueillent moins d’attention. La recherche fondamentale consiste précisément à essayer des choses fondamentalement différentes et à emprunter de nouvelles voies.

DANS LE CADRE DU PROJET LightChEC, VOUS AVANCEZ AVEC DES COLLÈGUES DU DOMAINE DE LA PHYSIQUE ET DES COLLÈGUES VENANT DE L’EMPA. COMMENT VIVEZ VOUS CETTE COLLABORATION ?

De manière très générale, l’axe de recherche universitaire LightChEC est un coup de chance. Tant de chefs de groupes et de jeunes chercheurs dans ce domaine, qui viennent de l’Université de Zurich et de l’Empa, ont été réunis pour poursuivre ensemble un objectif commun. C’est tout simplement fou. Nous tirons à la même corde, nous entretenons de nombreuses collaborations externes, nous partageons les ressources et nous nous influençons positivement. C’est un environnement dont on ne peut que rêver en tant que scientifique.

VOUS PARLEZ DE RÊVER : LA TRANSFORMATION DIRECTE DE LA LUMIÈRE SOLAIRE EN ÉNERGIE CHIMIQUE POURRAIT-ELLE RÉSOUDRE NOS PROBLÈMES ÉNERGÉTIQUES ?

Tous les problèmes, certainement pas. Ce qu’il nous faut, c’est un mix énergétique. Nous devons nous investir dans divers secteurs comme l’éolien, l’énergie solaire ou la conversion d’électricité en gaz tout en tenant compte de ce qui est possible dans une région donnée. Je pense que nous ne devons plus jamais nous reposer uniquement sur un seul pilier énergétique comme les combustibles fossiles. Mais le principe est en fait simple : nous avons de l’eau et nous avons de la lumière solaire. Il ne nous reste maintenant qu’à comprendre comment exploiter ces ressources permanentes.

EN TANT QUE CHERCHEUSE, VOUS AVEZ DONC UNE CERTAINE RESPONSABILITÉ SOCIALE ?

Précédemment, j’ai beaucoup aimé faire de la recherche en analyse structurale. J’avais un plaisir incroyable avec la symétrie et la construction de nouvelles liaisons, sans m’interroger particulièrement sur leurs caractéristiques. Mais avec le temps, la question de la responsabilité de mes actes m’a tarabustée. Après m’être beaucoup amusée avec les liaisons e avoir beaucoup appris, je me suis posée la question : et si j’apportais maintenant une contribution plus tangible à la société et au monde dans lequel nous vivons ?

CONCRÈTEMENT, L’UTILISATION RESPONSABLE DES RESSOURCES JOUE UN RÔLE IMPORTANT. COMMENT CELA SE REFLÈTET-IL DANS LA CHIMIE ?

L’utilisation responsable des ressources a connu une profonde mutation avant mes études déjà. Aujourd’hui, le recyclage est intégré d’emblée dans la réflexion : chimie verte, synthèses qui évitent les déchets au maximum, abandon des réactifs agressifs. Sur ces fronts secondaires, on peut aussi beaucoup économiser, indépendamment de l’énergie.

LE CHANGEMENT CLIMATIQUE INDIQUE QU’IL Y A UNE CERTAINE URGENCE. GERTA THUNBERG, QUI PORTE LE MÊME PRÉNOM QUE VOUS, A DONNÉ AU DÉBAT SUR LE CLIMAT UNE CERTAINE RESPECTABILITÉ. CETTE PRESSION SE FAIT-ELLE AUSSI RESSENTIR SUR LA RECHERCHE FONDAMENTALE ?

Je le remarque à l’intérêt que rencontre notre travail. Mais je ne parlerais pas de pression venant de la société. La pression vient plutôt de moi-même, car je me répète sans cesse : « En fait, cela devrait aller un peu plus vite ».

DANS QUELLE MESURE ?

LightChEC reste fortement axé sur la recherche fondamentale, nous n’avons pas encore accepté un grand nombre de projets venant de l’industrie. Mais je serais aussi contente de me confronter avec la recherche axée sur des applications. Si la possibilité s’offre, si quelqu’un vient me trouver avec un intérêt pour la mise en œuvre, je suis ouverte.

LA POLITIQUE A EN QUELQUE SORTE VERDI. LE CONSEIL NATIONAL A DÉCIDÉ DE PRÉLEVER UNE TAXE SUR LES BILLETS D’AVION. COMMENT JUGEZ-VOUS CES ÉVOLUTIONS ?

Pour que la mise en œuvre soit axée sur les objectifs et que les processus initiés se traduisent dans les faits, il faut un gouvernement proactif. La science aura beau être bien faite, si elle perd le soutien de la politique et que la traduction technico-économique ne fonctionne pas, elle ne sera pas utilisée. Pour moi, l’élan politique et la mise en œuvre par les consommateurs et les consommatrices sont tout aussi importants que les découvertes scientifiques.

VOUS METTEZ BEAUCOUP DE VOTRE ÉNERGIE DANS LA RECHERCHE. VOUS EN RESTE-T-IL POUR D’AUTRES ACTIVITÉS ?

Lorsque j’ai du temps libre, j’aime bien m’occuper de biologie comme autrefois. Je m’intéresse énormément aux reptiles. Ce n’est peut-être pas un hasard, car comme ils sont à sang froid, ils dépendent fortement de la lumière du soleil. Je n’en ai d’ailleurs pas encore amené dans un terrarium. Le moment est peut-être venu de le faire, compte tenu des changements massifs dans nos déplacements et voyages (elle rit).


Scientifique passionnée, Greta Patzke est professeure à l’Institut de chimie de l’Université de Zurich. Sa vision : une technologie capable de produire des combus-tibles en tout temps à partir de la lumière solaire et de l’eau, indépendamment du réseau d’électricité.


DE L’ÉNERGIE CHIMIQUE OBTENUE À PARTIR DE LA LUMIÈRE DU SOLEIL

Par photosynthèse, les plantes convertissent la lumière solaire directement en énergie chimique. L’Université de Zurich tente de reproduire artificiellement ce processus dans le cadre du projet de recherche « LightChEC – Solar Light to Chemical Energy Conversion ». Réunissant des chercheurs des instituts de chimie et de physique de l’Université de Zurich ainsi que l’Empa, ce projet vise à produire de l’hydrogène, un agent énergétique, directement à partir de lumière solaire et d’eau. Stockable, utilisable comme carburant, l’hydrogène représente une forme d’énergie propre illimitée.

La réussite exemplaire de 26 paysans dans l’amélioration de l’efficacité énergétique de leurs poulaillers montre comment une belle dynamique de groupe aura fait économiser du CO2, des kilowattheures, et bien plus encore.

Les cinq étapes ci-après sont prometteuses pour la mise en oeuvre d’une production zéro émission :

PREMIÈRE ÉTAPE : AMÉLIORATIONS DE LA PERFORMANCE ÉNERGÉTIQUE

Il reste un important potentiel à exploiter dans les processus pour réduire les émissions de CO2, par la mise en oeuvre des mesures d’amélioration de la performance énergétique. Ces mesures consistent notamment à optimiser les exploitations, recourir à de meilleures technologies et à l’innovation, récupérer la chaleur des procédés, et utiliser des rejets thermiques selon la méthode du pincement. Pour beaucoup d’entreprises, les mesures d’amélioration de l’efficacité qui visent à rendre la chaleur des procédés et les processus plus respectueux de l’environnement sont aussi les plus rentables.


À première vue, un poulailler n’offre pas une grande complexité du point de vue de la technique énergétique : pour l’exploiter, cette technique se limite à une halle, une enveloppe de bâtiment, un chauffage et un éclairage. Mais un poulailler consomme du chauffage et de l’électricité en permanence. Et lorsque l’on améliore la performance énergétique, il faut naturellement respecter les besoins des animaux et leur bien-être.

EN QUÊTE DE SOLUTION

Le savoir-faire, les ressources en personnel ou l’incitation financière, qui passe par le remboursement de la taxe sur le CO2, font souvent défaut pour améliorer le bilan énergétique d’une petite exploitation. On pourrait donc penser que l’histoire s’arrête là. Nullement, car Markus Zürcher, à la fois paysan, employé de commerce et économiste d’entreprise, n’a pour sa part pas voulu en rester là. En 2012, il s’est mis en quête d’une solution pour son exploitation agricole de Schönholzerswilen dans le canton de Thurgovie. Il allait créer un projet qui servirait de modèle pour tout son secteur.

Le projet a été mis au point grâce aux échanges que le paysan a eu avec Stefan Krummenacher, conseiller AEnEC et membre de la direction de l’AEnEC : si à elle seule, son exploitation était trop petite pour obtenir le remboursement de la taxe sur le CO2, en se joignant à d’autres, elle aurait la taille nécessaire. Une autre question se posait : des mesures d’amélioration et des modèles conçus pour de grandes exploitations seraient-ils pertinents à des dimensions plus réduites ?

QUAND L’UNION FAIT LA FORCE

Pour le savoir, Markus Zürcher s’est associé à Erich Jungo, un paysan et ami de Guin dans le canton de Fribourg. Car il était clair que pour rassembler suffisamment d’éleveurs de volaille, il fallait entretenir de bonnes relations et viser la Suisse entière. Né à l’été 2014, le groupe d’éleveurs de volaille « Geflügelmastbetriebe Dritter Kraft (GMDK) » rassemble 26 exploitations des quatre coins du pays – et plus particulièrement de l’est du pays et de la Suisse romande – qui ont conclu ensemble une convention d’objectifs avec la Confédération dans le cadre du modèle Énergie de l’AEnEC. Les bases de l’amélioration du bilan énergétique de leurs poulaillers sont jetées. Et la réussite est au rendez-vous : depuis lors, les paysans ont réduit leurs émissions de CO2 de 21,8 %, soit de 276 tonnes, par rapport à l’année de départ. Dans le même temps, ils ont amélioré leur performance énergétique de 22 %. Des économies, relate M. Krummenacher, qui sont le fruit direct de la mise en œuvre des mesures d’amélioration des différentes exploitations. Les poulaillers recèlent parfois des idées en or.

CANONS À GAZ ET CERCLES VICIEUX ÉNERGÉTIQUES

Même si un élevage de volaille ne paraît pas présenter une grande complexité du point de vue de la technique énergétique, le climat qui y règne est une question délicate, car les volatiles ont besoin de suffisamment de chaleur sans trop d’humidité. Il faut donc que les aspects de la technique énergétique et de la thermodynamique, autrement dit le chauffage et la ventilation, soient bien maîtrisés, ce qui demande doigté et finesse. Lorsque Markus Zürcher construit un poulailler dans sa ferme thurgovienne de Schönholzerswilen en 2002, la chaleur est produite par chauffage soufflant au gaz, communément appelé canon à air chaud, comme il était alors de rigueur dans son secteur. « C’est simple et c’est un investissement avantageux », résume le paysan. La chaleur est produite par la combustion du gaz et elle est soufflée dans une conduite qui traverse le poulailler. Toutefois, en plus de l’air chaud, les canons à gaz habituels diffusent aussi dans le poulailler des rejets gazeux issus de la combustion, du CO2 en l’occurrence. « Le taux de CO2 doit rester faible, à la fois pour le bien-être des animaux et pour l’exploitation », explique Markus Zürcher. Pour faire sortir le CO2 et l’humidité due au propane, il faut régulièrement ventiler. Selon les conditions météorologiques, il en résulte une diminution de la température et une augmentation de l’humidité, d’où la nécessité de chauffer à nouveau. « Nous sommes dans un cercle vicieux », décrit-il.

DE L’IMPORTANCE DE L’ISOLATION

Plusieurs approches permettent de sortir de ce cercle vicieux thermodynamique. Simple et efficace, l’une d’entre elles consiste à améliorer l’efficacité énergétique de l’enveloppe du bâtiment : « Nous avions construit le poulailler avec un toit d’une épaisseur de 60 millimètres. Cela ne serait plus autorisé aujourd’hui », raconte Markus Zürcher. La première mesure d’amélioration de la performance énergétique a donc consisté à changer toutes les fenêtres, à doubler l’épaisseur de l’isolation du toit en la faisant passer à 120 millimètres et à appliquer soigneusement de la mousse dans la toiture pour la rendre imperméable à l’air. « Avec cette première mesure, nous sommes parvenus à réduire les besoins en énergie de plus de 20 %, car la chaleur ne s’échappait plus et l’humidité était ralentie. » La réduction en terme de CO2 se montait à 15 tonnes par an en moyenne. Mais les canons à gaz continuaient de fonctionner, et de fonctionner sans interruption durant la saison froide. Il fallait donc améliorer la consommation de gaz. Le chauffage au sol s’est alors imposé : il chauffait là où la chaleur était nécessaire, c’est-à-dire au sol, là où vivent les animaux. La puissance des équipements a été presque divisée par deux. Cette mesure est donc performante du point de vue énergétique, et elle préserve le porte-monnaie. Mais elle apporte plus encore, car « les poules sont comme nous, elles n’aiment pas avoir froid aux pattes », commente Markus Zürcher.

UN CHOIX DOUBLEMENT UTILE

Confronté à un chauffage à la fois coûteux et émetteur de CO2, Erich Jungo souhaitait lui aussi une meilleure solution pour son exploitation de Guin. Deux ans déjà après avoir construit un poulailler, il a investi dans un échangeur de chaleur. Ce choix est doublement utile. D’abord, comme l’air extérieur neuf est préchauffé, dans l’échangeur de chaleur, par l’air chaud qui sort du poulailler, la production de chaleur nécessite moins d’énergie, d’où une réduction des émissions de CO2. Ensuite, l’air qui passe par l’échangeur de chaleur contient moins d’humidité. « Moins d’humidité, autrement dit un climat intérieur plus sec, demande moins d’extraction d’humidité et donc moins de chauffage », détaille Erich Jungo. Mais il ne s’est pas contenté de sortir le système de chauffage de son cercle vicieux et de réduire les émissions de CO2 : la même année, il a inauguré un chauffage à plaquettes de bois et cessé d’utiliser des combustibles fossiles dans sa ferme. « Le chauffage à plaquettes de bois ne génère ni CO2 ni humidité. Nous avons moins besoin de ventiler, nous économisons encore de l’électricité », relate le paysan. Il souligne avoir pris cette mesure d’amélioration pour traduire dans les faits sa vision d’une production locale et écologique. Si elle n’est pas rentable, pour l’heure en tout cas, cette production d’électricité locale compte pour lui. Erich Jungo produit aujourd’hui tous ses agents énergétiques sur son exploitation. Son poulailler et le bâtiment qui abrite le chauffage à plaquettes de bois sont équipés d’installations photovoltaïques. Chez Markus Zürcher, un bâtiment est déjà habillé de modules solaires et le poulailler suivra dans les prochaines années.

EURÊKA

Toujours au sujet de l’électricité, les deux paysans savent bien que la technique LED est énergétiquement très efficace. Toutefois, un rayonnement lumineux mal choisi peut être néfaste pour les animaux. « Si la lumière ne leur convient pas, les poules sont nerveuses », explique M. Jungo. Un des membres du groupe GMDK a d’ailleurs vécu cette mésaventure : « Il a dû démonter les lampes qu’il avait installées. » Le groupe a des échanges passionnés sur ce sujet. Erich Jungo, qui a franchi le pas des lampes LED, élargit la perspective : « Les échecs sont aussi des sources d’enseignements précieux. » Les échanges sont particulièrement utiles pour les petites exploitations, qui évitent ainsi notamment des investissements malheureux.

UNE BONNE DYNAMIQUE

Un groupe se construit par les échanges. Une fois par an, les paysans se retrouvent pour leur assemblée générale, à mi-chemin entre l’est du pays et la Suisse romande, dans le canton d’Argovie. Vous avez dit assemblée générale ? Oui, car pour faciliter encore son administration et les processus en son sein, le groupe GMDK a créé en 2017 une association éponyme. Sous la houlette de leur président, Erich Jungo, de Markus Zürcher et de leur conseiller AEnEC, Stefan Krummenacher, les paysans parlent de leurs nouveaux projets, de l’évolution de la législation et des possibilités de financement. La discussion est nourrie et constructive. « Nous mettons à la disposition de tous les membres ce transfert de connaissances très précieux », témoigne M. Jungo. Mais Erich Jungo et Markus Zürcher le martèlent, chaque membre est libre de décider de la mise en œuvre de mesures d’amélioration : il n’est pas question d’avoir des cobayes qui testeraient de nouvelles mesures d’amélioration. « Ce n’est d’ailleurs pas du tout nécessaire » note M. Zürcher, car une mesure d’amélioration est toujours en cours de mise en œuvre dans l’une ou l’autre exploitation, sans rien dire des idées et des approches que chacun développe, et qui sont susceptibles d’être utiles à tous. Elles seront débattues lors de l’AG, avec l’avis chaque fois très apprécié de Stefan Krummenacher, le spécialiste en énergie de l’AEnEC. Et comment se passent ces réunions en deux langues ? Fort bien ma foi, et le réseau d’envergure nationale représente même un bel atout. « Malgré la barrière de la langue, nous formons un tout », juge Erich Jungo. Et s’il devait y avoir des incompréhensions, le président se glisse tout simplement dans le rôle de l’interprète. Markus Zürcher se félicite lui aussi : « La dynamique qui s’est installée chez nous est vraiment très agréable. »

« NOUS ÉCONOMISONS DU CO2 ET DES KWH, MAIS PLUS ENCORE »

En plus de la réduction des émissions de CO2 et l’amélioration de l’efficacité énergétique, le travail de groupe offre d’autres avantages. Les échanges réguliers dans l’association aident à prendre du recul par rapport à sa propre exploitation. « Nous nous occupons d’énergie et de diverses mesures d’amélioration, nous gagnons en durabilité et nous économisons de l’argent : voilà ce qui nous lie », résume le président. L’association incite aussi à réaliser l’un ou l’autre projet auquel un membre ne s’attaquerait pas seul. Il en est convaincu : « Ces dynamiques de groupe sont à l’évidence une raison pour laquelle nos chiffres sont si bons ». Le remboursement de la taxe sur le CO2 offre une motivation supplémentaire pour la mise en œuvre de mesures. Il se monte à 80 000 francs en moyenne annuelle pour le groupe, un montant réinvesti dans l’amélioration du bilan énergétique. Et comment est-il réparti ? « Dans l’esprit de solidarité du groupe, nous n’avons pas voulu d’une clé de répartition avec une provision. Cela donnerait un faux signal », résume Markus Zürcher. Chacun touche donc un même forfait, car les « petits » consommateurs comptent autant que les « grands », et le reste est distribué en fonction de la surface des poulaillers. Erich Jungo dresse un bilan général : « En améliorant ensemble notre efficacité, nous agissons de manière durable pour la région, nous restons concurrentiels, nous améliorons notre image et nous renforçons les échanges bilatéraux entre personnes qui partagent une même vision. » Le groupe GMDK offre donc bien plus que des réductions de CO2 et de kilowattheures.


« PRÊTS À EMPRUNTER DE NOUVELLES VOIES »

Entretien avec Stefan Krummenacher, Membre de la direction de l’AEnEC et chef de secteur

MONSIEUR KRUMMENACHER, DEPUIS SA CRÉATION, VOUS CONSEILLEZ ET ACCOMPAGNEZ UN GROUPE D’ÉLEVEURS DE VOLAILLE, LE GMDK (« GEFLÜGELMASTBETRIEBE DRITTER KRAFT »). CE GROUPE A DÉVELOPPÉ UNE BELLE DYNAMIQUE. QUELLE EST VOTRE TÂCHE EN TANT QUE MODÉRATEUR DU GROUPE ?

Adrian Zimmermann et moi-même tentons d’amorcer un processus en comparant des données : nous comparons par exemple un poulailler selon qu’il est équipé ou non de récupération de chaleur. Lors de leur réunion annuelle, qui prend la forme d’une assemblée générale, nous montrons ce que les paysans peuvent gagner par la mise en œuvre de mesures d’amélioration. Nous observons aussi le marché : qu’est-ce qui fonctionne par exemple dans une étable destinée au bétail ? Est-ce que l’on peut s’en inspirer ? Nous regardons également ce qui se passe dans d’autres secteurs. Lorsque nous avons de nouvelles idées ou de nouvelles approches, nous les amenons à l’assemblée générale. L’expérience montre que lorsque les conditions sont réunies, beaucoup de choses qui fonctionnent dans des exploitations de plutôt grande taille fonctionnent également dans de petites exploitations.

THÉORIQUEMENT, L’ANALYSE DU PINCEMENT PINCH A UN RÔLE À JOUER DANS LES MESURES D’AMÉLIORATION DE L’EFFICACITÉ. EST-CE UNE OPTION VALABLE POUR DES POULAILLERS ?

Non, car cela reviendrait à employer un canon pour tirer sur des mouches. L’analyse du pincement intervient lorsque les flux d’énergie sont complexes, ce qui est en général plutôt le cas des installations de grande taille, comme des séchoirs à herbe. Mais le groupe paysan du modèle Énergie spécialisé dans les séchoirs à herbe et le groupe des fromageries (Fromarte) nous ont aidé à lancer l’idée du groupe GMDK.

POUR QUELLE RAISON LE GROUPE GMDK EST-IL UN MODÈLE DE RÉUSSITE ?

Pour moi, il y a trois raisons. D’abord, les entreprises en retirent un bénéfice. Les réductions des émissions de CO2 sont considérables et les remboursements sont tout à fait réjouissants. Les paysans les réinvestissent d’ailleurs souvent dans de nouvelles mesures d’amélioration, ce qui renforce leur compétitivité. La deuxième raison est l’aspect social : se retrouver chaque année lors de l’assemblée générale offre des échanges réguliers d’expérience, permet aux uns et aux autres de se motiver mutuellement et amène la discussion sur les sujets énergétiques. Les échanges d’expérience montrent très bien l’avantage de l’intelligence de groupe par rapport à l’intelligence individuelle : les participants sont très motivés pour emprunter de nouvelles voies. Enfin, la troisième raison, c’est que cela profite à tous : aux paysans, à l’AEnEC et à l’environnement. C’est la quintessence de l’AEnEC !

CE MODÈLE PEUT-IL ÊTRE ÉTENDU ?

Tout à fait ! Il faut toutefois que certaines conditions soient réunies. Les exploitations des membres du groupe doivent présenter une intensité énergétique et des structures relativement homogènes. Il faut aussi que le groupe soit accueilli dans une structure stable.

Les halles de production de Schenker Stores SA sont implantées non loin de l’Aar. Dans cette zone, les nappes d’eaux souterraines affleurent presque, aussi l’entreprise les utilise-elle pour chauffer ses bâtiments au moyen de pompes à chaleur, qui emploient la chaleur des eaux souterraines. Peut-on imaginer projet plus durable ?

Le thermopoudrage permet de donner aux stores en aluminium une infinité de coloris.

La société Schenker Stores SA est sise dans le bourg soleurois de Schönenwerd, non loin d’Olten et d’Aarau. Implantées à quelques mètres de l’Aar, ses halles de production ne permettent guère deviner ce que l’on y fabrique. Son nom en revanche ne laisse pas de place au doute, et la société qui le porte est connue dans tout le pays : un nouveau bâtiment sur trois est pourvu de produits de la maison Schenker Stores, tels que stores à lamelles, marquises et pergolas, volets coulissants ou à battants, sans oublier les systèmes de pilotage électronique de son chez-soi, de plus en plus demandés. La salle d’exposition permet de voir et de prendre en main la totalité des produits, qui se déclinent dans toutes les couleurs imaginables. Les moustiquaires rollos et les stores à lamelles se remontent automatiquement en quelques secondes. De tels systèmes sont conçus pour nous faciliter la vie, mais aussi pour nous permettre de faire un usage plus efficace de l’énergie : employés de manière systématique, soit pour empêcher la lumière du soleil de rentrer à la belle saison soit pour la laisser pénétrer durant l’hiver, des stores améliorent la température ambiante. Ils permettent ainsi d’économiser l’énergie car ils réduisent les besoins en refroidissement et en chauffage. « Nos produits sont donc écologiques », déclare Helmut Jehle, CEO de Schenker Stores SA, qui précise : « Pour nous, il est naturel de travailler de manière durable et responsable dans notre exploitation. »

CHAUFFER AVEC DES TEMPÉRATURES BASSES

Avec Daniel Meier, conseiller AEnEC, Patrick Fehlmann conseille Schenker Stores SA depuis 2003. Chef de projet en gestion de l’énergie, il est très au fait des efforts entrepris par Schenker Stores SA pour une production plus durable et énergétiquement plus efficace : « Ils réfléchissent à très long terme et ils ont amélioré en permanence leur bilan énergétique et leur bilan de CO2 ces dernières années. » Cette démarche est conforme aux objectifs climatiques que Schenker Stores SA s’est engagée à atteindre dans la convention qu’elle a conclue avec la Confédération avec l’aide de l’AEnEC. L’emploi de la pompe à chaleur a débuté lorsque les nouveaux bureaux ont été construits en 2012. Compte tenu de l’emplacement proche de l’Aar, une pompe à chaleur qui exploite la chaleur des eaux souterraines a été choisie. Responsable de la gestion de la qualité dans l’entreprise, Dirk Gebauer veille notamment à l’efficacité énergétique de la production. « Les eaux souterraines affleurent presque, les forages n’atteignent même pas dix mètres de profondeur », relate-t-il. Les eaux sont prélevées à une température de 12 °C et retournées dans la nappe à 8 °C. L’écart de quatre degrés est suffisant pour chauffer les bâtiments durant l’hiver. L’été, les eaux souterraines sont employées pour le refroidissement.

INVESTISSEMENTS À LONG TERME

L’utilisation des eaux souterraines passe par l’octroi d’une concession, qui règle notamment le volume d’eau dont l’exploitation sera autorisée. Patrick Fehlmann, conseiller en énergie, se rappelle que d’autres solutions avaient été envisagées dans la perspective d’un abandon des combustibles fossiles. Après l’installation de la première pompe à chaleur, la concession n’était pas entièrement exploitée et des essais avaient montré qu’il restait effectivement suffisamment d’eaux souterraines. Intégrée dans le même puits, une deuxième pompe à chaleur a donc été inaugurée en 2018. M. Gebauer explique : « Aujourd’hui, nous chauffons tous les bâtiments du site avec l’énergie obtenue par les eaux souterraines. » Depuis que la pompe à chaleur fonctionne, la consommation de gaz naturel a reculé de 54 %, alors que la production s’est accrue dans le même temps. L’entreprise économise ainsi chaque année 20 000 francs de frais d’énergie. L’investissement consenti n’est certes pas négligeable, mais M. Jehle, CEO, relativise : « Bien sûr, il faut que ces mesures d’amélioration soient rentables, mais nous sommes tout à fait disposés à accepter des durées d’amortissement relativement longues. » Cet investissement a aussi un impact sur les émissions de CO2 de l’entreprise, qui dépasse ainsi chaque année les objectifs de réduction d’émissions de sa convention.

DES ÉCHANGES SOURCES D’INSPIRATION

Schenker Stores SA s’emploie en permanence à améliorer sa durabilité. M. Gebauer  souligne l’importance capitale du conseil pour l’entreprise : « Sans l’AEnEC, notre travail serait plus difficile. Ce sont des experts, qui portent un regard neuf et complètement différent sur le tout. » M. Gebauer note aussi que cet appui fait naître de nombreuses idées et qu’il est très enrichissant. De son côté, l’AEnEC bénéficie également des mesures d’amélioration mises en oeuvre, car le projet novateur de Schönenwerd est susceptible d’inspirer d’autres entreprises : comme le relève Daniel Meier, des projets modèles pareils à celui-ci sont très utiles à l’AEnEC, car « nous pouvons ainsi transférer sur d’autres sites les expériences ainsi réalisées. » L’avenir ne manquera pas de nouveaux défis à relever, mais grâce à l’appui de l’AEnEC, Schenker Stores SA est parée.

Recours au bois local via un chauffage à distance, consommation de mazout divisée par quatre, 10 % déjà de l’électricité d’origine solaire, le reste certifié hydraulique, froid prélevé dans l’environnement : « durable » prend plus d’un sens chez Camille Bloch SA, dont les spécialités chocolatières sont un succès jamais démenti depuis les années 1940.

Entre l’isolation des premiers bâtiments de Camille Bloch, à droite, et les exigences appliquées à ceux inaugurés en 2017, l’ensemble du site répond désormais quasiment aux normes Minergie.

Fondée en 1929 à Berne, la chocolaterie Camille Bloch SA s’est déplacée en 1935 à Courtelary, dans le Jura bernois, dans une ancienne fabrique de papier proche d’une petite rivière, la Suze. Elle y emploie aujourd’hui près de 200 personnes. Cinquième en taille des fabricants suisses de chocolat, Camille Bloch produit environ 3 500 t de chocolat par an : le fameux Ragusa, né en 1942, la gamme Torino initiée en 1948 et des chocolats fourrés à la liqueur. 20 % de cette production sont exportés. En Suisse, la part de marché a doublé en moins de dix ans, passant les 5 %. Successions familiales, agrandissements et transformations ont rythmé le progrès régulier de l’entreprise. De récents aménagements permettront à terme un doublement de la production. Inaugurée en octobre 2017, l’extension incluant un superbe espace d’accueil pour les visiteurs illustre pleinement une volonté aboutie d’efficacité énergétique. « Entrée à l’AEnEC en 2014, Camille Bloch SA est un participant ouvert à l’innovation et au changement, qui agit avec ambition et rapidité », apprécie le conseiller AEnEC Fabrice Marchal.

MAÎTRISE DU CHAUD, DU FROID …

Un chocolatier soigne l’emballage de ses produits, Camille Bloch a soigné aussi celui de ses installations. « Entre l’isolation de bâtiments hérités d’un temps où économiser l’énergie n’était pas une priorité, et les hautes exigences appliquées aux bâtiments neufs, l’ensemble du site est quasi aux normes Minergie », souligne Jean Kernen, le directeur industriel. À l’intérieur, au long des chaînes de production, c’est avec une même efficacité qu’on souffle le chaud et le froid requis pour la fabrication de spécialités chocolatières. Les fèves de cacao ou noisettes appelées à se muer en pâte sont torréfiées puis moulues pour engendrer une masse liquide. Celle-ci est additionnée d’ingrédients secs – sucre, poudre de lait – et pétrie. La pâte obtenue, granuleuse, est encore broyée, affinée. Intervient alors le mélange avec le beurre de cacao, préparant au « conchage », un brassage intensif à 60 °C pendant 12 à 24 heures, par tranches de 3 à 6 t. S’ensuit le tempérage, avec un premier refroidissement à 45 °C pour le stockage puis un second à 27 à 30 °C lorsque le chocolat est coulé dans les moules aux formes qui nous sont familières.

UNE CONVERGENCE EXEMPLAIRE

« L’essentiel de notre chaleur provient depuis 2016 d’un chauffage à distance au bois. Celui-ci est né en 2015 de la volonté d’un entrepreneur de Courtelary de répondre avec du bois de la région aux besoins de chaleur tant des particuliers que de la commune et des institutions et entreprises intéressées », relate Jean Kernen. Camille Bloch est désormais approvisionné en énergie renouvelable, et « La Praye Energie SA » s’est attaché un gros consommateur de chaleur en toute saison, ce qui participe à la viabilité de son projet. De plus, une conversation fortuite de l’entrepreneur avec le directeur d’une cimenterie voisine, elle aussi participante AEnEC, a mené à ce que les cendres, plutôt qu’être stockées inutilement – et coûteusement – en décharge, entrent désormais dans la composition de ciments, ce qui réduit la quantité de calcaire brûlée pour leur production, et donc les émissions de CO2 inhérentes. S’agissant de bilan carbone, celui de Camille Bloch a fort évolué. « Le recours au bois local a fait passer notre consommation de mazout de 230 000 à 57 000 l annuellement – la chaudière à mazout reste en place pour le secours et l’appoint », précise Jean-Philippe Simon, responsable Infrastructures. La chaudière à copeaux assure le chauffage des locaux et de quasi tous les systèmes impliqués dans la production de chocolat : conduites à double manteau dans lesquels celui-ci circule, cuves de travail et de stockage – seuls quelques corps de chauffe pour des fonctions spécifiques utilisent l’électricité. Autre source renouvelable, le photovoltaïque déployé sur le toit apporte 350 000 kWh annuellement. L’installation a été stimulée par un progrès de la loi, « sans la possibilité d’autoconsommation, nous ne l’aurions pas intégrée », remarque Jean Kernen. Le solaire assure désormais 10 % des besoins électriques. Le reste des 3 GWh que nécessite annuellement la fabrique sont renouvelables également, certifiés d’origine hydraulique.

RENOUVELABLE ET ÉCONOMIES

La part d’électricité pour le brassage du chocolat s’est réduite de manière spectaculaire quand un « héritage » du passé, 11 moteurs à vis sans fin de 2 kW qui nécessitaient de fonctionner en permanence ont été remplacés par un moteur de 0,55 kW avec réducteur à engrenages qui ne tourne que 5 à 10 minutes par heure. « Même résultat mais avec une économie d’électricité de 94 %. », se félicite Jean-Philippe Simon, soulignant des économies également pour le circuit d’air comprimé, grâce à de nouveaux équipements, redimensionnés, et des temps d’usage judicieux. Quant à l’autre versant des exigences thermiques, le froid, « il est aussi en partie d’origine hydraulique. Le pompage concédé de 115 000 m3 par an d’eau de la Suze voisine livre l’équivalent de 800 000 kWh thermiques. Et depuis 2013, du froid provient aussi d’une installation de free cooling ainsi que de pompes à chaleur intégrées à certaines machines. » La chaleur récupérée sert au chauffage de l’eau sanitaire tout comme celle gagnée en cours de production sous forme de vapeur condensée, et celle captée sur les compresseurs du circuit de froid. « Nos efforts portent autant sur la réduction de notre consommation que sur l’utilisation de sources d’énergie renouvelables », résume Jean Kernen. « Nous faisons tout ce qu’il est raisonnablement possible de faire et sommes prêts à investir un peu plus pour mettre en oeuvre des solutions durables. »