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Nous recherchons des entreprises pour notre check-up matériaux rapide 

L’AEnEC recherche des entreprises intéressées par notre projet pilote de check-up matériaux rapide.

Dans le cadre du check-up matériaux rapide, le conseiller ou la conseillère AEnEC analyse dans une démarche structurée et simplifiée les principaux flux de matériaux d’une entreprise. Il identifie les domaines et les processus concernés, quantifie les potentiels d’économies et développe des propositions de mesures d’amélioration concrètes et faciles à mettre en œuvre pour réduire l’emploi des matériaux, les déchets et les coûts. Cette démarche, centrée sur les effets, vise à déterminer où se trouvent les plus grands leviers à actionner, du point de la rentabilité et de l’écologie.

Étapes du check-up matériaux rapide

Durant la phase préparatoire, un premier entretien en ligne permet de définir ensemble les objectifs et de préciser quelles sont les données et informations nécessaires. Une analyse est ensuite conduite sur place. Elle comprend la visite des lieux, un atelier qui rassemble les intervenants clés, la saisie qualitative des flux de matériaux et des processus et l’identification d’une première série de mesures d’amélioration aux effets rapides. Une seconde analyse détermine les flux de matériaux pertinents en mettant en évidence les quantités, les coûts et/ou l’impact environnemental. Un ordre de priorité est alors établi pour les mesures d’amélioration. Pour terminer, un rapport succinct est dressé. Il présente une synthèse des flux de matériaux et/ou de déchets et une liste de mesures d’amélioration, sans oublier des propositions pour la suite de la démarche à adopter.

Nous recherchons des entreprises pour des projets pilotes

Êtes-vous intéressé, intéressée par un check-up matériaux rapide ? L’AEnEC recherche des entreprises désireuses de participer au projet pilote. Des conditions spéciales s’appliquent pour les premières entreprises participantes.

Début mars, l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) a publié des fiches techniques relatives à l’imputation des combustibles renouvelables. Nous avons synthétisé pour vous les informations les plus utiles sur ce sujet.

Depuis le 1er janvier 2025, les entreprises (soumises à un engagement de réduction, au système SEQE ou ayant une convention d’objectifs sans engagement de réduction) qui souhaitent comptabiliser l’utilisation de combustibles renouvelables liquides et gazeux, par exemple biogaz, dans leur suivi annuel à partir de 2025 avec un facteur d’émission nul, doivent disposer de garanties d’origine (GO) et indiquer le numéro de GO correspondant dans le suivi. Pour ce faire, les fournisseurs de gaz doivent impérativement attribuer et annuler la quantité correspondante de GO spécifique à chaque client dans le nouveau système de GO (Pronovo) pour la quantité de combustible achetée. Comme auparavant, la quantité et le type de combustible, la part renouvelable ainsi que les informations relatives à la taxe sur le CO2 doivent figurer sur les factures.

Selon des échanges avec différents fournisseurs de gaz, la facturation des achats de gaz s’effectue généralement tous les trimestres et l’attribution et l’annulation des GO correspondants ont lieu le mois suivant.

  • Ainsi, la première attribution et la première annulation du numéro de GO pour l’achat de biogaz en 2026 auront probablement lieu en avril 2026.

Pour l’attribution et l’annulation des GO, le fournisseur de gaz doit disposer des informations suivantes sur l’entreprise :

–    Instrument : engagement de réduction / SEQE / convention d’objectifs sans engagement de réduction

–    Objet de l’utilisation (numéro OFEV ou numéro CO pour les conventions d’objectifs sans engagement de réduction) : XXXX-XXXXX

Il est recommandé aux entreprises de contacter immédiatement leurs fournisseurs de gaz et de leur transmettre les informations ci-dessus au plus tard en mars. Si vous avez des questions, votre conseiller EnAW se fera un plaisir de vous aider.

Le site de frigemo SA à Cressier (NE), qui fait partie du groupe fenaco, transforme des pommes-de-terre en frites congelées, avec en ligne de mire le zéro émission nette : la planification est engagée dans le sillage du « Plan Décarbonation » de l’AEnEC.

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Plus d’informations

Renate Schaffner, responsable marketing, vente et durabilité du groupe frigemo, le souligne : frigemo s’est mis à l’ouvrage pour améliorer sa durabilité déjà dans les années 1990. Le site frigemo de Cressier (NE) est accompagné par l’AEnEC depuis 2008. Des mesures y ont été prises notamment pour rationnaliser l’utilisation de chaleur, évidemment un besoin majeur pour son activité. Emilien Piot, responsable des sites de production, se réjouit en particulier de l’impact de la chaleur récupérée sur la friteuse – 1,5 MW sont ainsi gagnés annuellement – ainsi que des 10 à 15 % des besoins de chaleur actuellement couverts par le biogaz produit à partir des eaux usées issues de la production.

Le groupe frigemo ira au-delà, pour se conformer à l’exigence du zéro émission nette en 2050, en récupérant davantage encore de chaleur, avec cette fois des pompes haute température, et en accroissant la production de biogaz. Dans le même temps, un programme récemment lancé de réduction des émissions dans les exploitations agricoles des fournisseurs donne des résultats très encourageants. Et quand bien même le coût des mesures pour réduire les émissions de CO2 excède celui de la taxe CO2, Renate Schaffner n’a aucun doute : les engagements de frigemo apporteront des bénéfices sur le long terme.


Pourquoi et comment développer les gaz renouvelables ? Dans le second volet de notre analyse, Daniela Decurtins, directrice de l’Association Suisse de l’Industrie Gazière (ASIG), explique comment les gaz renouvelables vont se développer pour répondre aux besoins énergétiques futurs.

Par Daniela Decurtins

En 2024, le congrès mondial de l’énergie a réuni 5000 spécialistes du monde entier à Rotterdam. Intitulé « Redesigning Energy for People and Planet », il était consacré aux questions et aux solutions liées à cette thématique. Durant le congrès de 2019 à Abou Dhabi (EAU), les objectifs climatiques étaient encore au cœur des débats. Alors qu’une certaine euphorie des débuts régnait dans la péninsule arabique, le sommet en Hollande s’est caractérisé par son sens des réalités et par son pragmatisme. Aussi bien les conséquences de l’agression russe en Ukraine que les goulots d’étranglement dans la chaîne d’approvisionnement ont montré l’importance de la résilience et de la capacité à résister aux chocs extérieurs. Ils soulignent aussi le rôle capital pour notre économie d’un approvisionnement énergétique sûr et économiquement optimal. Les participants ont été renforcés dans leur conviction : transformer cet approvisionnement pour atteindre la neutralité climatique ne serait pas une promenade de santé.

Éviter de remplacer d’anciennes dépendances par de nouvelles et garantir la trajectoire de transformation, voilà deux des enseignements essentiels qui se sont par ailleurs dégagés du congrès de Rotterdam. Pour y parvenir, il faut pouvoir s’appuyer non seulement sur l’électricité, mais aussi sur différents agents énergétiques et infrastructures. Pour garantir la sécurité de cet approvisionnement mais aussi dans une perspective de rentabilité, il s’agit donc de comprendre développer l’approvisionnement en énergie comme un système complet.

NOUVEAU PRAGMATISME

Atteindre les objectifs climatiques ne passe pas par une solution universelle mais dépend plutôt de la situation initiale d’un pays ou d’une région. Le mix énergétique disponible, les infrastructures existantes et les structures économiques – l’importance de l’industrie lourde par exemple – jouent un rôle majeur à cet égard. Délégués et déléguées s’accordaient pour souligner l’ampleur des investissements qui seront nécessaires, le rôle crucial que joueront les coopérations internationales et l’importance de l’utilisation des infrastructures existantes dans le développement de nouvelles technologies et de nouveaux marchés. Pour eux, un cadre juridique clair et stable, associé à des systèmes incitatifs lorsqu’il le faut, s’impose donc pour réduire les incertitudes et les risques qu’impliquent de pareils investissements.

RÔLES INCONTESTÉS DE L’HYDROGÈNE ET DU MÉTHANE SYNTHÉTIQUE

Les délégués et déléguées étaient aussi convaincus du fait que parmi d’autres facteurs contributifs, le biométhane, les agents énergétiques synthétiques liquides et gazeux ainsi que l’hydrogène en remplacement du gaz naturel seront appelés à jouer un rôle important dans l’atteinte des objectifs climatiques. Ces gaz respectueux du climat seront en partie issus de la production suisse et pour une grande partie, ils devront être importés. L’hydrogène vert permet que l’électricité renouvelable d’origine solaire ou éolienne soit stockée chimiquement pour être employée l’hiver. Le stockage se fait sous la forme d’hydrogène ou par liaison à du CO2 sous forme de méthane synthétique (appelé également e-méthane). En Suisse, plusieurs projets vont dans cette direction, mais les conditions d’une production rentable d’hydrogène sont bien meilleures dans les pays dans lesquels le soleil et le vent sont disponibles en abondance. Autrement dit, les prix de l’hydrogène ne sont pas encore compétitifs. L’expérience acquise grâce au développement des énergies renouvelables montre que les coûts des investissements dans la production pourraient fortement baisser au fil du temps. Mais sans incitations ni règlementations, l’hydrogène et le méthane synthétique ne parviendront pas à s’imposer rapidement. Les molécules joueront un rôle important dans les secteurs difficiles à défossiliser. L’hydrogène peut notamment être employé comme combustible dans l’industrie, pour la production d’électricité ou encore comme carburant pour la mobilité. Il sera particulièrement utile à l’industrie dans la réduction de ses émissions de CO2 , là où l’efficacité énergétique et l’utilisation d’autres énergies renouvelables comme l’électricité ne sont pas suffisantes. Certains processus industriels requièrent des températures pouvant monter jusqu’à 2500 °C. Ce sont notamment le craquage du pétrole en vue de la fabrication de produits chimiques et pharmaceutiques, la fabrication de verre et de papier, la fonte des métaux ou leur traitement thermique ou encore la fourniture de vapeur. La couverture des charges de pointe pour la chaleur à distance est une autre possibilité d’application.

LA SUISSE DANS L’EXPECTATIVE

Partout dans le monde, les gouvernements se tournent vers l’hydrogène ; en effet, à la différence du méthane, sa fabrication ne demande pas d’étape supplémentaire, alors même que sa densité énergétique est nettement plus faible que celle du méthane. Le Japon par exemple a publié sa stratégie en 2017 déjà, suivi en 2020 par l’UE et l’Allemagne. Les stratégies incluent en général des programmes d’appui et diverses incitations qui vont de la production à la consommation, pour soutenir l’essor de ce marché dans les pays concernés. Depuis décembre 2024, la Suisse dispose elle aussi de sa stratégie en matière d’hydrogène. Cette stratégie, qui présente les perspectives et possibilités d’un marché suisse de l’hydrogène, reflète aussi la question dans laquelle la Confédération se débat : ce « nouvel » agent énergétique peut-il s’imposer sans soutiens massifs et pourra-t-il être disponible à des prix compétitifs ? Si la stratégie constitue un pas dans la bonne direction, des éclaircissements devront encore être apportés sur divers éléments des conditions-cadres. Les conditions-cadres concrètes font défaut pour qu’un marché suisse de l’hydrogène (production et demande) puisse prendre son essor. On peut envisager des incitations comme les « Contracts for Difference », ces instruments financiers qui couvrent les risques découlant des incertitudes sur les prix. On ne connaît pas non plus quels seront les appuis effectivement fournis dans le cadre de la loi sur le climat et l’innovation (LCI) et s’ils peuvent suffire pour qu’un marché suisse de l’hydrogène se concrétise. Des projets de relativement grande taille devraient également être soutenus jusqu’à ce qu’ils aboutissement à une commercialisation. Aussi longtemps que les conditions-cadres ne seront pas plus précises, la Confédération ne peut pas attendre de la branche de lourds investissements dans l’hydrogène en Suisse.

UNE COMPOSANTE DE LA STRATÉGIE

Pour l’industrie gazière suisse, une liaison avec les itinéraires internationaux d’importation, et donc avec le réseau européen d’hydrogénoducs reste prioritaire. Cette liaison doit en effet garantir l’accès à des sources avantageuses d’hydrogène tout en positionnant la Suisse en Europe. L’importance de cette liaison n’a pas échappé à la Confédération, comme en témoigne sa stratégie, et l’on ne peut que s’en réjouir. Le projet « SouthH2 Corridor » est crucial à cet égard : il doit permettre le transport d’hydrogène vert d’Afrique du nord en Europe. Long de 3300 kilomètres, l’hydrogénoduc a pour vocation de relier l’Afrique du Nord avec l’Italie, L’Autriche et l’Allemagne. Soutenu par plusieurs gouvernements, il garantit un approvisionnement en hydrogène avantageux et durable. En dépit de son gazoduc de transit qui offre la liaison la plus directe entre l’Italie et l’Allemagne, la Suisse a longtemps risqué de ne pas pouvoir participer à ce projet. Depuis lors, notre pays est associé aux discussions avec un statut d’observateur.

UN DIALOGUE QUI S’IMPOSE

On ne sait pas si le marché européen prendra son envol. Son évolution dépendra du sérieux avec lequel l’Europe s’attelle à son objectif du zéro net et crée un cadre, notamment à l’intention de l’industrie et de l’artisanat, qui permette une défossilisation rentable de leurs processus. Or, les bouleversements géopolitiques mettent actuellement du sable dans les rouages : les investissements ont été validés pour 4 % seulement de la production mondiale d’hydrogène prévue pour 2030. Face à la difficulté actuelle d’estimer les prix et les dates de livraison, l’industrie ne s’engage à aucun achat.

La Suisse doit donc garder des options sur la table : quel prix est-elle prête à payer pour atteindre les objectifs climatiques ? On parle d’un à deux milliards de francs pour compléter graduellement par une deuxième conduite la ligne de transit destinée au transport de l’hydrogène. Ces montants sont comparables à des investissements antérieurs dans la construction de centrales hydrauliques de pompage-turbinage. L’économie privée, à qui la ligne de transit appartient en partie, ne pourra assumer les risques seule. Étant donné les fortes incertitudes qui planent sur le devenir de l’hydrogène, du courage, un appui étatique et des perspectives à long terme s’imposent pour les différentes étapes. Il sera essentiel qu’un consensus fondamental se dégage dans la société. Ce consensus doit être le fruit d’une discussion réunissant clients, acteurs de la politique énergétique et climatique et de l’administration ainsi qu’intervenants du secteur économique de l’énergie, dont le secteur de l’électricité. Dans un deuxième temps, il faut garantir que l’hydrogène importé parvienne jusqu’aux clients. L’industrie gazière suisse n’est pas à court de travail.

Faut-il privilégier l’hydrogène ou le e-méthanol ? Dans ce premier volet d’analyse en deux parties que nous vous proposons, Albrecht Tribukait, directeur de Silent-Power SA, vous présente les avantages du e-méthanol.

par Albrecht Tribukait

La transition énergétique n’est pas un problème de connaissances mais un problème systémique

L’Europe, tout comme la Suisse, a investi des milliards dans le développement des énergies renouvelables. Or, une part croissante de cette électricité est bridée ou exportée à des prix négatifs parce que la production, le stockage et l’utilisation ne sont pas coordonnés dans le temps. La réussite de la transition énergétique n’est donc pas conditionnée à la puissance installée, mais dépend de la capacité à planifier la fourniture de l’énergie, à garantir la sécurité de l’approvisionnement et à limiter les coûts totaux du système.

Trois critères sont décisifs à cet égard : la planification, la sécurité d’approvisionnement et la rentabilité.

L’hydrogène, un objectif stratégique qui n’est toutefois pas un agent énergétique universel

L’hydrogène vert est indispensable pour les applications qu’il n’est pas possible d’électrifier directement, dans l’industrie et la chimie notamment. Employé directement là où il est produit, il peut être consommé pratiquement sans produire d’émissions.

En tant que vecteur de stockage, de transport et de distribution, l’hydrogène pose toutefois des contraintes physiques, au nombre desquelles figurent une densité volumétrique faible de l’énergie, un besoin élevé en énergie pour sa compression et sa liquéfaction et une infrastructure complexe. La stratégie suisse en matière d’hydrogène reconnaît également son effet de serre indirect, qu’elle inclut dans son appréciation. Cet effet de serre ne s’oppose pas à l’hydrogène en lui-même mais à son emploi non discriminé comme agent énergétique universel.

Réalité de l’électricité excédentaire : pertes systémiques actuelles

En raison du développement des énergies renouvelables, l’Europe connaît de plus en plus fréquemment des excédents structurels d’électricité. Cette électricité est aujourd’hui bridée ou exportée à des prix négatifs. En d’autres termes, dans le second cas, le consommateur en vient à payer pour qu’elle soit livrée. Ce problème n’est pas transitoire, il est une conséquence systémique du fait qu’une part fortement croissante de la production connaît des fluctuations.

Simultanément, on observe la croissance d’une deuxième ressource, le CO₂ non fossile émis par des sources biogènes et industrielles. Face à des prix de l’électricité bridés, voire négatifs, et compte tenu de la disponibilité du CO₂, le Power-to-X revêt toute sa pertinence économique en Europe, surtout pour le e-méthanol. En effet, il s’agit ici non pas de produire un besoin supplémentaire, mais de valoriser une perte systémique existante.

Le e-méthanol, un agent énergétique systémique robuste

Liquide dans des conditions ambiantes, le méthanol peut être stocké pour de longues périodes et il peut être transporté au moyen de l’infrastructure existante. Compte tenu de la densité volumétrique de son énergie, de 15,8 MJ par litre environ, il dispose d’une excellente capacité de stockage chimique à long terme et permet que la production et la consommation soient dissociées dans le temps.

Lorsqu’il est appliqué à la production couplée d’électricité et de chaleur notamment, le e-méthanol présente une grande efficacité systématique : les rendements totaux peuvent atteindre 90 %. En Suisse, cette application est déjà mise en œuvre à l’échelle industrielle, par les services industriels zougois WWZ et par la confiserie Sprüngli à Dietikon (ZH) notamment.

Toxique, le méthanol est soumis à des règles de sécurité claires, comme tous les agents énergétiques liquides. Toutefois, dans son emploi concret à des fins énergétiques, il présente une toxicité faible comparé à l’essence et au diesel : il n’est ni carcinogène ni persistant, il ne cause ni rouille, ni poussières fines ni hydrocarbures polycycliques aromatiques. Il représente un danger important pour la santé s’il est absorbé par voie orale ; employé correctement en tant qu’agent énergétique, il présente un risque nettement plus réduit en termes de santé et d’environnement que l’essence et le diesel, ces deux carburants aujourd’hui largement utilisés.

Permettre le transport de l’hydrogène

Le e-méthanol peut s’employer en tant que liquide organique pour transporter l’hydrogène (« Liquid Organic Hydrogen Carrier LOHC ») : il se lie chimiquement à l’hydrogène. L’hydrogène est transporté à l’état liquide et s’il le faut, il est à nouveau rendu disponible. Aujourd’hui, le méthanol est le vecteur le plus avantageux et le plus pratique de l’hydrogène, pour le transport et pour le stockage saisonnier notamment.

Une vérification à l’épreuve de la réalité s’impose pour la politique

Dans son rapport spécial 11/2024, la Cour des comptes européenne a jugé la politique de l’UE en matière d’hydrogène renouvelable avec une franchise inhabituelle : elle observe que la Commission a fixé des objectifs irréalistes en matière de production et d’importation d’hydrogène, et que l’UE ne suit pas une voie lui permettant de les atteindre. Elle constate que les objectifs en matière d’hydrogène renouvelable ne reposent pas sur des analyses rigoureuses mais qu’ils sont dictés par une volonté politique et juge peu probable qu’ils puissent être atteints à l’horizon 2030. La Cour demande expressément qu’une vérification à l’épreuve de la réalité soit opérée et que des choix stratégiques soient réalisés en évitant de nouvelles dépendances stratégiques.

Conséquences pour la Suisse : SWEET – EDGE et sécurité d’approvisionnement

Selon le rapport SWEET – EDGE II, 45 TWh d’électricité renouvelable devront être disponibles à l’horizon 2050. Ces chiffres signalent la nécessité d’un développement massif de l’éolien et du photovoltaïque, qui implique à son tour une hausse des coûts du réseau, une augmentation des charges systémiques et une augmentation des conflits liés à leur acceptation.

Axpo évoque aussi une possible pénurie dans l’approvisionnement pouvant dépasser 50 TWh. Il vaut la peine de mentionner qu’Axpo prévoit une centrale de réserve fonctionnant avec une turbine à gaz compatible avec le e-méthanol. Le e-méthanol est donc employé explicitement comme technologie de transition permettant d’assurer la sécurité de notre approvisionnement.

Que faut-il donc privilégier ?

Factuellement, la bonne réponse à cette question consiste à dire qu’il faut privilégier les deux agents, pourvu que chacun remplisse le rôle qui lui revient. L’hydrogène est un objectif stratégique là où il n’existe pas d’autre matière. Le e-méthanol est la voie à suivre pour l’emploi des excédents, le comblement des déficits saisonniers et pour la mise en œuvre de la transition énergétique de manière planifiable, sûre et rentable.

Le 24e forum romand de l’AEnEC, tenu ce 27 novembre à Prilly, sur le campus unlimitrust, a déployé un bel éventail de solutions innovantes pour progresser vers la neutralité carbone.

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Plus d’informations

Johan Rockström, de l’Institut de recherche sur les impacts climatiques de Potsdam, avait insisté en prélude à la récente COP30 : il faudrait capturer 10 milliards de tonnes de CO2 par an pour contenir le réchauffement1. Cette capture figurait, entre bien d’autres stratégies de décarbonation, au menu du 24e forum romand de l’AEnEC, lequel a, comme chaque année à pareille époque, réuni des représentant.e.s d’entreprises et d’administrations ainsi que des ingénieur.e.s. Ils / elles étaient plus de 120 à se presser dans les locaux lumineux du campus unlimitrust pour une journée 100 % solutions, comme s’est plu à le souligner Martin Kernen, responsable romand de l’AEnEC. Dans ses mots de bienvenue, Frank Ruepp, directeur de l’Agence, s’est lui réjoui de l’accompagnement sans cesse renouvelé, évolutif, de l’AEnEC auprès de ses entreprises participantes – bientôt 4800 -, engagées dans leurs itinéraires respectifs d’efficience et de décarbonation.

Des cycles à boucler, judicieusement

Le Pr François Maréchal, de l’EPFL Valais Wallis à Sion, jongleur de molécules émérite sur la voie de la décarbonation2, a d’abord détaillé toute une série de cycles de matériaux et d’énergie s’interconnectant pour stocker saisonnièrement l’énergie de source renouvelable sous forme chimique. Dans ce contexte, il a été ensuite question des recherches en cours sur, justement, la capture du CO2, pour le minéraliser à fins de stockage ou le rediriger vers d’autres cycles. Au niveau global, cette pratique compensera les émissions « inévitables » de gaz à effet de serre, François Maréchal évoquant en passant les émissions bovines – certes part non négligeable du problème. A un autre niveau, les entreprises œuvrant à leur neutralité carbone trouveront leur avantage à développer des stratégies spécifiques de capture pouvant les mener, dans le meilleur des cas, à un bilan d’émissions négatif.

L’expert du biogaz Yves Membrez a ensuite souligné, fait impressionnant, que le potentiel en Suisse de production de biogaz, par méthanisation de biomasse et autres déchets, est équivalent à la consommation de gaz naturel fossile du pays ! Les entreprises pourraient prendre leur part en valorisant sous forme de biogaz leurs déchets organiques solides, liquides ou gazeux. La solution serait d’autant plus pertinente quand l’entreprise recourt déjà au gaz naturel. Compléter en outre d’une capture du CO2 pour stockage ou recyclage mènerait à ces émissions négatives prônées par François Maréchal. Aussi, quand bien même une entreprise n’aurait pas de déchets méthanisables, elle peut acquérir du gaz d’origine certifiée renouvelable.

Chaud, froid, nouveaux modes d’emploi…

Les différents ateliers, traditionnels apports pratiques des forums de l’AEnEC, ont permis de passer en revue quelques voies nouvelles qui prendront assurément un rôle éminent dans les années à venir. Ainsi les pompes à chaleur haute température, mûries par de nombreuses recherches, ouvrent désormais de précieuses opportunités pour décarboner la chaleur industrielle. Alain Leiser, chef de projet au sein de la HEIG-VD, a toutefois insisté sur la nécessité d’une préparation approfondie pour la parfaite intégration de tels équipements dans les contextes industriels, ayant chacun leurs spécificités. Harold Dick, directeur commercial de Mayekawa, fournisseur international de solutions en ce domaine, a appuyé le propos d’exemples concrets de réalisations.

Soufflant le froid en même temps que le chaud, Olaf Meier, conseiller AEnEC / Enerplan SA, et Ulysse Luginbühl, d’Après-Demain SA, ont pour leur part présenté le « miracle » d’un bassin couvert de 4500 m3 d’eau, à congeler en hiver, et qui satisfera ainsi, dès 2027, par des échanges thermiques tout au long de l’année, à bas coût et sans CO2 émis, les besoins en froid et chaleur du bâtiment administratif d’une pharma vaudoise.

Richard Le Vaillant, Industrial Manager au sein du Groupe Metalor Technologies SA a pour sa part décrit le déploiement du solaire photovoltaïque sur les douze sites mondiaux du groupe, un véritable catalogue de tout ce qu’aujourd’hui les panneaux permettent, dans toutes les positions – plus de détails dans la vidéo ci-dessus. Dernier projet en date chez Metalor, les palissades photovoltaïques, en bel essor, vont contribuer à optimiser l’autoconsommation des sites, notamment à Marin (NE). Cette présentation a été encore élargie par Yannick Sauter, de l’association Swissolar, qui a insisté sur le contexte favorable en Suisse pour mettre en œuvre les nouvelles opportunités de production et stockage d’électricité photovoltaïque – en 2025, la part de celle-ci dans la consommation électrique en Suisse a passé les 14 %.

Tous ces outils au service de la décarbonation n’attendent que d’être déployés très largement. Il est revenu à Joëlle Carrera, de Landi Broye-Vully SA et Clément Rebillard, conseiller AEnEC / Groupe E SA, de rendre celle-ci très concrète : ils ont ensemble détaillé la feuille de route « décarbonation » de cette entité du groupe Landi, emmenant d’un bilan carbone détaillé à partir d’un volumineux corpus de données jusqu’au plan de marche  et aux premières mises en œuvre, illustrant de manière captivante le questionnement, les défis et tout le réseau de coordinations et d’actions qui doit se tisser pour voir l’aboutissement du processus : la neutralité carbone en 2050.

L’intelligence artificielle en soutien

Le forum aurait-il pu passer sans que l’IA s’y invite ? Elle l’a fait dans le sillage d’« AEnEC Compact »3, produit tout frais de l’Agence pourvu de nouveaux outils puissants focalisé sur les mesures d’efficacité concrétisables à court terme, dont l’optimisation du fonctionnement des installations techniques et le remplacement d’équipements obsolètes. Thomas Roulin, fondateur d’Helvetii AI GmbH, et Yannick Riesen, conseiller AEnEC / Planair SA, ont détaillé le potentiel d’analyse, de diagnostic et de prédiction de ces nouveaux outils4. Le Pr François Maréchal avait auparavant brièvement évoqué des outils informatiques d’aide à la décision dans le choix des technologies parmi l’éventail qui ne cesse de s’élargir – ce que chacune de ses interventions illustre fort bien !

Voir plus large encore

En conclusion de journée, c’est un système rompu depuis des milliards d’années au renouvelable et à la circularité, la biosphère, qu’a célébré avec chaleur Julien Perrot, fondateur de la revue naturaliste « La Salamandre ». Il a pu constater que les écosystèmes industriels ne manquent pas d’opportunités pour évoluer dans une même direction. Mais il a exprimé cette conviction toutefois que la technique ne suffira pas et, très alarmiste sur fond de constats forts sur l’environnement et la biodiversité, il a appelé à l’action immédiate et à un renouveau profond de notre connexion avec le Vivant. François Maréchal avait appelé auparavant à ce que nous prenions nos responsabilités afin de ne pas infliger à nos enfants le coût d’une transition énergétique, d’une décarbonation manquée alors que – lui n’en doute pas – les solutions sont là !


1. www.theguardian.com, 11.11.2025

2. enaw.ch/fr/magazin-epfl

3. enaw.ch/fr/angebot/aenec-compact

4. à tester sur quickcheck.enaw.ch